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Avatar de Alexander DJIS

Voilà un texte d’une exigence rare : celle de ne pas traiter la vérité comme une abstraction, mais comme une responsabilité vivante. Sur ce point, il touche juste car notre rapport au vrai n’est jamais neutre : il oriente nos choix, nos gestes, nos devenirs.

Et il invite à en prolonger le mouvement.

La vérité n’est pas seulement un horizon vers lequel tendre, ni même une relation à cultiver. Elle est d’abord ce à quoi nous sommes déjà soumis. Le réel ne dépend pas de notre posture à son égard. Il possède une architecture, une dynamique propre, à laquelle nul ne peut échapper. Nous pouvons l’ignorer, la contourner, la travestir, mais jamais nous en affranchir.

Dès lors, la question change de nature. Il ne s’agit plus seulement de savoir si nous cherchons la vérité, mais si nous acceptons qu’elle nous transforme. Car une vérité qui n’exige aucun ajustement de notre être est souvent une vérité arrangée.

Beaucoup, en effet, ne cherchent pas tant le vrai qu’une forme de stabilité intérieure ou collective : une cohérence morale, une vision partageable, un cadre apaisant. Cela n’est pas sans valeur. Mais cela peut aussi nous éloigner silencieusement de ce que le réel exige de nous.

Le « sens », à cet égard, mérite d’être précisé. Il contient au moins deux dimensions : une compréhension, qui vise à approcher ce qui est ; et une direction, qui engage la manière dont nous choisissons de nous tenir face à cette compréhension. Voir ne suffit pas. Encore faut-il consentir à vivre en accord avec ce qui est vu.

Or cette compréhension n’est jamais pure. Elle est façonnée, orientée, parfois déformée par l’environnement culturel dans lequel nous évoluons. Chercher la vérité implique alors un travail de déconstruction : discerner ce qui, en nous, relève du réel, et ce qui n’est que sédimentation.

Ce travail est exigeant, car il ne nous laisse pas indemnes. Il nous oblige à nous reconfigurer.

Peut-être est-ce là une autre dimension de la responsabilité épistémique : non pas seulement dans la quête du vrai, mais dans l’acceptation de son impact sur notre manière d’être.

Car au fond, la question n’est pas seulement : « qu’est-ce qui est vrai ? »

Elle est aussi : « suis-je prêt à devenir autre à mesure que je m’en approche ? »

Nous sommes à la fois héritiers d’un ordre qui nous dépasse et porteurs d’une possibilité d’ajustement. Poussière d’étoile, sans doute. Mais aussi, peut-être, étoile en devenir. Non pas par illusion de grandeur, mais par capacité à nous accorder, consciemment, à la dynamique du réel.

Et c’est peut-être là que la vérité cesse d’être une idée, pour devenir une voie.

https://distrokid.com/hyperfollow/alexanderdjis/la-vrit-nest-pas-un-refuge

Avatar de Didi_XIXème

Cet article est très stimulant, il ouvre une réflexion que j'aimerais développer. Selon moi, il joue sur deux tableaux sans les distinguer : celui de l'épistémologie, qui exige de la rigueur démonstrative, et celui de l'expérience vécue. Il y a comme un glissement que j'aimerais soulever.

« la vérité n'est qu'un autre mot pour désigner le sens» : Si la formule est séduisante, elle n'en reste pas moins réfutable. En effet, le sens est une intention subjective ; la vérité est une correspondance objective entre une supposition et un fait. D'ailleurs, on peut parfaitement énoncer une phrase qui a du sens mais qui est fausse. La vérité est vérifiable, le sens est interprétable : les deux ne peuvent s'allier. On assimile le sens, on établit la vérité.

Évidemment, j'ai bien noté que l'article met l'accent sur l'épistémologie du vécu ; celui de l'humain proche du Sens plutôt que le sens philosophique. Mon argument tient d'ailleurs dans les deux cas. Le sens comme le Sens sont des chemins qui mènent à la vérité ; ils ne prétendent pas l'incarner.

Autre tension que je relève, c'est la définition que tu donnes du Sens. Il devrait être selon les propos tenus, à la fois personnel et universel. Or, l'universel a besoin de fédérer par l'objectivité, il ne peut se concilier avec la subjective intrapersonnelle au risque de détruire le Sens lui-même.

Quant à la notion de "responsabilité épistémique", il faut rappeler ici le sens de la responsabilité. Il s'agit d'une obligation morale visant à assumer un acte afin d'y répondre ( moralement ou juridiquement). Or, l'épistémologie est une théorie qui vise à apporter une dimension probatoire à la démonstration. Elle est censée décrire une réalité qui nous préexiste. Le philosophe ne peut être tenu de la responsabilité d'une loi qui préexistait avant lui ; il est tout au plus un messager. Ce dont est responsable le philosophe, c'est la rigueur qu'il applique dans la démonstration de la structure qui vient consolider l'épistémologie: c'est-à-dire sa métaphysique. Je ne suis pas responsable que la théorie épistémique soit vraie mais qu'elle soit bien argumentée ; qu'elle résiste à la preuve par l'échec.

Par conséquent, affirmer qu'il faille être responsable d'une théorie épistémique, n'est ce pas en soi, ancrer une vérité que tu qualifies de " radicalement sceptique"?

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