Bruyante existence
Une asphyxie lumineuse
𖦹 REPÈRE INTERNE 𖦹
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Format: rupture numineuse (comme pris d’un élan poétique)
Registre discursif: existentielo-performatifElle est un silence, imperturbable, inépuisable, inexprimable — si silencieuse que même ce silence lui apparaît déjà être un bruit déplacé.
Elle ressemble alors plutôt à une ouverture, une disponibilité, une présence, un souhait et un abandon de tout ce qui ne relève pas de cet… espace — merveilleusement intime et monstrueusement impersonnel.
Indissociable de son temps, commençant là où rien ne commence, venant d’on ne sait quelle contrée, à je ne sais quelle infinité de là, et s’échouant ici, à je ne sais quelle autre infinité de l’illusion de « l’ailleurs », là où rien ne finit jamais plus.
Un interstice… une cosmologie de la solitude, donc. Si dense, si profonde, si totale, qu’elle n’est alors plus qu’une belle compagnie, ne se donnant jamais que comme un « ensemble », bruyant d’existence, s’octroyant sa propre éternité, sa propre suffisance, sa propre extase. Se donnant dans le vent qui plie les arbres, dans les yeux des passants, dans la chaleur du soleil, dans les mots, dans le petit et le grand…
Comment pourrions-nous, dès lors, donner un peu de contraste à cette lumière, enténébrée par sa propre ignorance, mais qui ne cesse pourtant d’étreindre son ombre tout en la toisant familièrement, de telle manière qu’elle y semble à la fois amoureuse et complètement étrangère ?
Devrions-nous nous taire ? Et si l’on osait tout de même prendre la parole, se dressant de toute notre fierté contre cette autorité qui n’a plus le moindre ordre à donner, devrions-nous empiler les emphases pour faire croire à un soupçon de « quelque chose de plus vaste » ? Devrions-nous user des tours de magie du poète ? Devrions-nous élaborer des cartes ? Rédiger des manuels qui ne seront bons, s’ils sont vraiment bons, qu’à nous permettre de les oublier, de nous oublier, d’oublier… de s’oublier dans l’oubli — là où tout est rien, où rien est tout, et donc là où l’on se rappelle, parce que l’on a toujours su.
De telles tentatives n’auraient-elles alors pas simplement pour but de nous briser ? Jusqu’à ce qu’il ne nous reste plus qu’à lever les yeux au ciel et à enfoncer nos mains dans la terre ? Et ainsi inlassablement renaître dans cet instant de mort, vibrant de vie, et ce dans le seul but de saisir, sans ensuite plus jamais pouvoir fermer l’œil, que la connaissance n’a jamais été une affaire de savoirs, mais de perception, d’absorption, d’imprégnation, d’être.
Car même l’ultime savoir, même un « tout est un » lancé allègrement, ne veut strictement rien dire, puisque c’est seulement en remontant le cours de ce qui ne l’est pas que ces mots deviennent effectivement vains.
Au fond, la seule véritable chose que nous enseigne ce « silence », cet « au-delà », n’est-elle justement pas que ce même « au-delà » n’a jamais été qu’un « ici » ? Un ici dont nous n’usons qu’afin de le recouvrir des voiles du dicible, lesquels nous empêchent d’en éprouver l’aveuglante et sidérante beauté.
Tant que nous demeurons dans le désir de la saisir, en effet, nous sommes condamnés à manquer sa nature la plus profonde, celle qui n’a et n’opère pas la moindre saisie.
Et à la fin, il ne s’agira que de cela. Il ne s’agira que de l’évidente sonorité, stridente, mais grandiose, de l’existence. La seule qui détienne la puissance à même de nous unir dans les rires ou nous dissoudre dans de lourdes mais joyeuses larmes.
Silencieuse, parce que bruyante d’existence.
Elle ne peut être une cacophonie qu’en tant qu’elle est sourde, vide de sa propre existence.
Et cela n’a rien d’un ennui ; non, cela a tout d’une grâce ! Enfin, du moins pour ceux qui sont en mesure de s’offrir le luxe d’en jouir, en leur seul être, non comme une absurdité ou un néant, mais comme le plus inestimable de tous les présents.
Ceux-là détiennent alors le secret de l’amour, dont la sagesse n’est que l’impitoyable gardien.
𖦹 Les Limbes ne sont qu’un jeu de formes à traverser
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Si « l'au-delà » est un « ici », c'est que l'« ailleurs » n'est qu'un « à côté ». Par conséquent, tout savoir serait une présence cachée dans une proximité consubstantielle à notre espace ontologique. Cependant, pour comprendre l'astronomie(par exemple, je dois regarder « au-delà » de mon « ici ». Dès lors, c'est bien le silence « d'ailleurs » qui m'inculque la sagesse de l'« au-delà » sans avoir à faire parler un silence « d'ici ». Une nuit suffit à le montrer : il y a des nuits où c'est précisément le silence venu de là-bas — d'une étoile morte depuis des millénaires — qui perce ces «voiles». Ce n'est pas moi qui m'ouvre à un « ici » plus profond : c'est l'ailleurs qui vient me saisir sans que je l'aie cherché. La sagesse m'est alors transmis non par présence mais par distance. L'au-delà ne se révèle pas « ici » — il reste résolument là-bas, et c'est précisément cette irréductible altérité qui m'enseigne.