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Avatar de Didi_XIXème

Si « l'au-delà » est un « ici », c'est que l'« ailleurs » n'est qu'un « à côté ». Par conséquent, tout savoir serait une présence cachée dans une proximité consubstantielle à notre espace ontologique. Cependant, pour comprendre l'astronomie(par exemple, je dois regarder « au-delà » de mon « ici ». Dès lors, c'est bien le silence « d'ailleurs » qui m'inculque la sagesse de l'« au-delà » sans avoir à faire parler un silence « d'ici ». Une nuit suffit à le montrer : il y a des nuits où c'est précisément le silence venu de là-bas — d'une étoile morte depuis des millénaires — qui perce ces «voiles». Ce n'est pas moi qui m'ouvre à un « ici » plus profond : c'est l'ailleurs qui vient me saisir sans que je l'aie cherché. La sagesse m'est alors transmis non par présence mais par distance. L'au-delà ne se révèle pas « ici » — il reste résolument là-bas, et c'est précisément cette irréductible altérité qui m'enseigne.

Avatar de 𖦹 Les Limbes

Je te rejoins complètement. L’« ailleurs » nous enseigne aussi par sa distance, par son irréductible altérité, par ce silence venu de là-bas — l’image de l’étoile morte est très belle pour ça.

Mais je ne cherchais pas tant à nier l’ailleurs qu’à nous interroger : cet « ailleurs » peut-il réellement apparaître ailleurs qu’ici ? Même la distance astronomique, même l’étoile morte, même le silence venu de là-bas, se donnent toujours dans cet « ici » de l’apparaître.

Peut-être parlons-nous de la même chose depuis deux systèmes de sens un peu différents : relativement, oui, l’ailleurs demeure ailleurs, et c’est même cette distance qui peut nous enseigner ; mais plus fondamentalement, cet ailleurs ne saurait être ailleurs sans son ici — est-il donc « ailleurs », « ici », ou bien la question appelle-t-elle à s’effondrer sur elle-même ?

En ce sens, je ne voulais pas abolir l’altérité de l’ailleurs, mais montrer que cette altérité elle-même ne se révèle jamais hors de l’ici. Et, peut-être plus implicitement, mais précisément : que l’« ici », le « là-bas » et l’« ailleurs » ne sont que des catégories vouées à se dissoudre dans l’être.

Tout cela ne dépend-t-il alors pas simplement de l’endroit de l’existence depuis lequel nous ouvrons les yeux ?

Précision importante : je ne parle pas des connaissances, mais de la Connaissance — de la Connaissance de l’être et du non-être.

Avatar de Didi_XIXème

Merci pour ta réponse etayée Teddy. Seulement, j'aimerais soulever une légère friction dans l'argumentaire qui vient altèrer ma compréhension.

Tu dis : « cet ailleurs ne serait être ailleurs sans son ici».

Or, dans l'article, tu abolis la distinction : «l'au-delà n'est qu'un ici», les catégories seraient vouées à se dissoudre.

Dans l'article, l'ailleurs disparaît dans l'ici. Dans ta réponse, l'ailleurs a besoin de l'ici pour exister.

Il y a comme une tension que je n'arrive pas à résoudre. Si l'ailleurs a besoin de l'ici pour se révéler, in fine, ne coexistent-ils pas ? 🙂

Avatar de 𖦹 Les Limbes

Eh bien, peut-être est-ce justement parce que cette tension ne peut pas être résolue.

Oui, nous pourrions dire que l’« ici » et l’« ailleurs » coexistent ; mais dire qu’ils coexistent serait déjà, d’une certaine manière, manquer la nature même de cette coexistence.

Si je devais m’efforcer d’en donner une clé intellectuelle, je dirais que cette tension entre le texte et ma réponse naît du fait que le texte, bien qu’il puisse en avoir l’air, ne cherche pas à être entendu comme une métaphysique définitive — ce qui serait d’ailleurs contraire à ce qu’il tente d’incarner. Il est plutôt un dispositif poétique et performatif, visant à déplacer l’attention vers ce qui, à mon sens, constitue le véritable sujet.

Depuis ma perspective, cette tension ne saurait trouver sa résolution autrement que dans l’expérience. Car, intellectuellement, si je devais me résoudre à produire un énoncé objectif, je ne pourrais sans doute que finir par dire que l’« ailleurs » et l’« ici » sont de natures à la fois distinctes et unies — formule qui, précisément, ne peut trouver sa validité que lorsqu’elle cesse d’être objectivée.

C’est peut-être là que se situe la subtilité : non pas dans le fait de choisir entre l’« ici » et l’« ailleurs », ni même dans le fait de les faire coexister conceptuellement, mais dans le mouvement par lequel ces catégories finissent par s’effondrer dans quelque chose de plus fondamental.

Avatar de Didi_XIXème

Alors nous voilà au même seuil. Mon étoile morte n'était pas une démonstration — c'était déjà ce mouvement dont tu parles. Chemins différents, même vertige. 🙂

Merci Teddy pour cet article stimulant 👍

Avatar de 𖦹 Les Limbes

Merci à toi, Nadim 🙏🏻