LâAmoureux
Ătre en relation exclusive avec lâexistence â une initiation Ă la thĂ©ologie et la thĂ©osophie mystique
La parabole de lâĂ©pouse et de lâamante
« Les hommes sont comme les trois papillons devant la flamme dâune bougie. Le premier sâen approche et dit : Moi, je connais lâamour. Le deuxiĂšme vient effleurer la flamme de ses ailes et dit : Moi, je connais la brĂ»lure de lâamour. Le troisiĂšme se jette au cĆur de la flamme et se consume â lui seul connaĂźt le vĂ©ritable amour. »
â RĂ»mĂź
Toutes les religions, toutes les Ă©coles de pensĂ©e et toutes les traditions spirituelles, sans exception, portent en elles deux mouvements, deux figures dâun mĂȘme amour : lâĂ©pouse et lâamante.
Lâamante est belle, tendre, aimante, intelligente, compatissante et patiente â mais infiniment timide. LâĂ©pouse, quant Ă elle, est laide, stupide, Ă©goĂŻste, possessive, autoritaire, mesquine et violente.
Tandis que la seconde maĂźtrise son rĂŽle Ă merveille, toute fiĂšre de sâoffrir en spectacle, la premiĂšre ne fait que se laisser deviner. On ne peut jamais vĂ©ritablement la saisir, et encore moins la possĂ©der â tout au plus peut-on pressentir sa prĂ©sence, douce et vertueuse.
Lâamante ne se laisse donc dĂ©signer que nĂ©gativement â non pas au sens moral du terme, mais au sens technique. Câest-Ă -dire quâelle nâoccupe jamais le devant de la scĂšne ; elle est la rĂ©gisseuse grĂące Ă laquelle le théùtre peut avoir lieu, dissimulĂ©e dans lâombre de la salle, lĂ oĂč les projecteurs ne peuvent se tourner.
Mais voilĂ , le fait est que toutes deux Ćuvrent Ă sâemparer de notre amour. Or, sâil est certainement possible â et peut-ĂȘtre mĂȘme souhaitable â de goĂ»ter les plaisirs de la chair auprĂšs de nombreuses prĂ©tendantes, lâamour vĂ©ritable ne peut quâĂȘtre unique. On ne peut ĂȘtre amoureux Ă plusieurs.
Le polyamour, lorsquâil nâest pas une consĂ©quence de lâAmour, ne peut ĂȘtre pleinement « Amour », puisquâil en est la recherche. Il ne saurait accomplir cette alliance, cette ultime union, ce mariage sans partage auquel aspire lâAmoureux.
Car, en dĂ©finitive, on ne peut ĂȘtre amoureux que seul ; mais, pour dĂ©couvrir cet Amour singulier, il faut dâabord savoir ce que signifie aimer â et donc faire lâĂ©preuve dâĂȘtre deux.
Nâest-ce donc pas lĂ la raison dâĂȘtre de lâĂ©pouse ?
Avant dâĂȘtre lâĂ©pouse, nâest-elle pas lâamante ?
Et, une fois Ă©pouse, nâest-elle jamais que la condition de la rencontre avec lâamante ?
Lâamante serait-elle, finalement, notre vĂ©ritable Ă©pouse ?
LâAmoureux est le plus exigeant des hommes. Car sa force vitale est trop vive pour quâil puisse se satisfaire dâune seule Ă©pouse ou de multiples amantes â aucune ne saurait le combler. Ainsi jette-t-il son dĂ©volu sur lâexistence elle-mĂȘme !
Le moindre enseignement spirituel se prĂ©sente ainsi sous les traits de ces deux prĂ©tendantes. Celui qui se fait le plus remarquer, qui sĂ©duit les foules et sait accaparer lâattention relĂšve de la terrible Ă©pouse. Et toutes les Ă©pouses de toutes les « saintes paroles » composent ensemble ce grand ego humain â ironiquement, ce mĂȘme « diable », ce mĂȘme « mal », dont elles ont elles-mĂȘmes cessĂ© dâinvoquer lâexistence.
Et, durant tout ce temps, lâamante, discrĂšte, demeure tapie lĂ oĂč lâĂ©pouse ne daigne porter le regard, au cĆur de chaque thĂ©ologie ; et pour cause : elle en est le moteur, elle en est la thĂ©osophie. Car, sâil existe dâinnombrables Ă©pouses, en dĂ©finitive, il ne peut y avoir quâune seule amante. Et celle-ci nâest autre que la liaison, le grand mystĂšre de lâexistence.
Ainsi, si câest lâAmour vĂ©ritable que nous cherchons, nâallons pas une fois encore briser nos cĆurs sous les jupes des Ă©pouses. Ne confions pas nos Ăąmes Ă celle qui parade sur la scĂšne â aux livres, aux doctrines, aux dogmes et aux maĂźtres. Lisons-les, pratiquons-les, Ă©coutons-les, bien sĂ»r, mais seulement afin dâapprendre, peu Ă peu, Ă discerner la voix de lâunique amante â celle qui ne cesse de leur murmurer les justes vers quâils se mettent ensuite Ă rĂ©citer.
Et si nous parvenons finalement Ă lâentendre, courtisons-la. Si nous obtenons enfin ses faveurs, faisons-lui pleinement don de nous-mĂȘmes, afin quâelle nous rĂ©vĂšle le vĂ©ritable Amour. Faisons dâelle notre Ă©pouse, mais gardons-nous toujours de lui demander sa main. Car alors, elle nâaurait dâautre choix que de quitter les coulisses pour monter une nouvelle fois sur la scĂšne. Et câest ainsi que recommencerait le terrible spectacle â cet enfer contre lequel elle nâavait secrĂštement jamais cessĂ© de lutter.
Théologie mystique : langages cataphatique et apophatique
« Nous nâaffirmons rien et nous ne nions rien, car la Cause unique est au-delĂ de toute affirmation et de toute nĂ©gation. »
â Pseudo-Denys lâArĂ©opagite
Tout partage de connaissance passe par le langage. Or, au sein du langage, toute proposition procĂšde, dâune maniĂšre ou dâune autre, dâun mouvement affirmatif ou dâun mouvement nĂ©gatif.
Lorsque « je » prends la parole, je ne peux que poser quelque chose â y compris lorsque je nie, puisque je ne fais alors quâaffirmer une nĂ©gation.
Naturellement, il en va de mĂȘme lorsquâil sâagit dâindiquer le Sens ultime ou la Cause unique : nous ne pouvons le faire quâau moyen de ces deux mouvements, lâun positif â cataphatique â, lâautre nĂ©gatif â apophatique.
Ainsi, nous pourrions Lui associer tous les attributs, toutes les qualitĂ©s, et tout affirmer dâElle. Mais, plus proprement encore, nous pourrions refuser de Lui associer le moindre attribut, la moindre qualitĂ©, et tout nier dâElle, puisquâElle excĂšde infiniment â ou, dans le vocabulaire traditionnel, est « supĂ©rieure »1 Ă â tout ce qui est et tout ce qui nâest pas.
Câest en ce sens quâil est plus « propre » de Lâapprocher par la nĂ©gative : le langage apophatique permet de maintenir ouvert lâespace par lequel Elle apparaĂźt â et en tant quâElle apparaĂźt â, lĂ oĂč le langage cataphatique tend Ă le refermer en La nommant, en La symbolisant ou en Lui attribuant une qualitĂ©.
Mais, ultimement, la Cause unique ne peut davantage ĂȘtre atteinte par la nĂ©gation que par lâaffirmation, puisquâElle est lâUn des uns â au-delĂ et en deçà de tout ce que lâon pourrait affirmer ou nier dâElle.
En dâautres termes, afin de dĂ©passer le langage et dâaccĂ©der Ă cette PrĂ©sence-Vision-BĂ©atitude, nier quâElle soit ceci ou cela est plus juste que prĂ©tendre dire ce quâElle est. Mais il faut finalement renoncer Ă la nĂ©gation elle-mĂȘme, car Elle est lâineffable absolu, hors dâatteinte de la pensĂ©e logique.
Lâesprit humain La trouve ainsi non dans le savoir, mais dans le silence qui se tient au-delĂ et en deçà du oui et du non, de lâaffirmation et de la nĂ©gation â en dĂ©finitive, lorsquâil est sorti de toute forme de dualisme.
Le langage cataphatique et symbolique possĂšde donc une fonction prĂ©paratoire : il dispose lâesprit Ă pressentir la prĂ©sence de cette rĂ©alitĂ© « tout autre » et lui permet de se familiariser progressivement avec ce vide, cet abandon, cette mort ou encore cette absence de forme qui ne peut quâĂȘtre reconnue pour ce quâElle est â et qui ne peut donc ĂȘtre indiquĂ©e quâau moyen de procĂ©dĂ©s apophatiques.
Si nous y sommes attentifs, nous le constaterons sans grande difficultĂ© : la plupart des approches spirituelles, des religions, des traditions et des Ă©coles de pensĂ©e ayant pour objet le Sens de lâexistence possĂšdent ces deux dimensions.
La dimension extĂ©rieure a une vocation exotĂ©rique2 : elle vise Ă sensibiliser le plus grand nombre aux dimensions mystiques de lâexistence et se trouve donc trĂšs largement imprĂ©gnĂ©e dâun langage positif, cataphatique et symbolique.
La dimension intĂ©rieure â Ă©sotĂ©rique â sâadresse quant Ă elle aux chercheurs les plus avancĂ©s â que nous pourrions appeler les initiĂ©s â, car eux seuls sont en mesure de saisir le sens dâun langage qui opĂšre sur le mode de la nĂ©gation.
Câest, par exemple, la fonction dâune expression telle que neti neti â « ni ceci, ni cela » â, issue des textes sacrĂ©s de lâhindouisme : conduire le chercheur Ă transcender les qualificatifs qui ne font que rĂ©duire la Cause unique Ă lâune de ses manifestations ou de ses qualitĂ©s.
Lâenseignement spirituel prodiguĂ© Ă lâhumanitĂ© depuis lâaube des temps suit ainsi un mouvement dâentonnoir. Les religions exercent une fonction cataphatique et symbolique permettant Ă un peuple et Ă une culture de sâunifier â autant que faire se peut â autour de la Cause unique.
Mais, en leur cĆur, elles portent toutes un noyau apophatique qui doit, Ă son tour, conduire Ă sa propre dissolution : Ă lâanĂ©antissement des distinctions entre le positif et le nĂ©gatif, afin de laisser lâĂveil Ă lui-mĂȘme ; afin de laisser Ă©merger lâespace de la PrĂ©sence-Vision-BĂ©atitude.
Câest en effet lĂ un point essentiel : un peuple ne peut sâĂveiller ; seul lâindividu le peut.
Ainsi, ne deviendrons-nous pas bientĂŽt â Ă lâĂ©chelle cosmologique â une humanitĂ© florissante ?3
NirvÄáča = paradis, vacuitĂ©, fanÄÊŸ, mokáčŁa, pratyabhijñÄ, tao, wu wei â non-agir â, enlightenment, blissfulness, devekut, henĂŽsis â union â, gnose, Ă©veil, silenceâŠ
Nous choisissons ici de mettre lâaccent sur le nirvÄáča, non pour en faire un mot supĂ©rieur aux autres, mais Ă titre dâexemple et afin de choisir un axe depuis lequel [Ă©chouer Ă ] approcher le Sens ultime. Tous ces mots dĂ©signent une mĂȘme rĂ©alitĂ©, pouvant se vivre Ă diffĂ©rents degrĂ©s et intensitĂ©s. Ils empruntent simplement des cheminements mentaux diffĂ©rents et reflĂštent diverses comprĂ©hensions issues de cette mĂȘme expĂ©rience. Libre Ă chacun dâinvestir â ou non â le ou les mots qui rĂ©sonnent le plus justement avec sa propre expĂ©rience.
« La mĂ©ditation nâest pas une pratique ; elle ne consiste pas Ă cultiver une habitude. La mĂ©ditation est un Ă©tat de conscience intensifiĂ©e. »
â Jiddu Krishnamurti
Le mot sanskrit nirvÄáča â à€šà€żà€°à„à€”à€Ÿà€Ł â est traditionnellement analysĂ© comme Ă©tant formĂ© du prĂ©fixe nir-, qui signifie « hors de », « loin de », « sans » ou « complĂštement », et dâune racine liĂ©e au verbe vÄ, associĂ©e Ă lâair, au vent et Ă lâaction de souffler.
Le sens premier de nirvÄáča est donc celui de « souffler pour Ă©teindre » â comme on souffle sur une flamme, comme on Ă©teint un incendie.
Le Bouddha compare ainsi lâexistence conditionnĂ©e Ă un feu qui brĂ»le, alimentĂ© par les « trois poisons » que sont la convoitise ou le dĂ©sir â rÄga â, lâaversion â dveáčŁa â et lâignorance â avidyÄ.
Câest la raison pour laquelle la traduction la plus fidĂšle du mot nirvÄáča demeure « extinction ». On trouve Ă©galement « apaisement » ; plus rarement, « soufflement », traduction plus littĂ©rale ; et enfin « libĂ©ration », qui constitue dĂ©jĂ une interprĂ©tation plus philosophique et plus positive du terme.
Il sâagit donc lĂ de lâextinction du feu de la convoitise, de lâaversion et de lâignorance â non de la destruction dâun ĂȘtre, mais de lâapaisement dĂ©finitif de tout ce qui entretient la souffrance.
Cette subtilitĂ© est essentielle, car le Bouddha ne prĂ©sente pas le nirvÄáča comme un lieu ou comme un paradis extĂ©rieur au rĂ©el â au monde phĂ©nomĂ©nal ou au saáčsÄra â, mais comme la cessation dâun embrasement au sein mĂȘme de lâexistence conditionnĂ©e.
Le terme « illumination » â enlightenment â peut dâailleurs ĂȘtre trompeur. Car, mĂ©taphoriquement, la PrĂ©sence-Vision-BĂ©atitude se vit bien moins comme lâapparition dâune lumiĂšre nouvelle que comme la cessation de ce qui produisait la souffrance â comme un feu qui cesse finalement de brĂ»ler4.
Les termes rĂ©unis dans le titre de cette section sont donc prĂ©cieux, car ils conservent une certaine puretĂ© en raison de ce quâils indiquent. Mais, tant que nous ne sommes pas parvenus Ă une comprĂ©hension profonde de nous-mĂȘmes et de lâexistence, ils auront probablement tendance Ă susciter la peur, le retrait ou le refus de la vie, car ce sont des mots, disons⊠positivement nĂ©gatifs.
Le Bouddha aurait en effet pu employer un mot strictement positif â tel que mokáčŁa (libĂ©ration), brahman (absolu, Ăąme universelle, ou rĂ©alitĂ© suprĂȘme dâoĂč tout procĂšde5), ou encore « rĂ©alisation » â pour dĂ©signer ce quâil cherchait Ă indiquer. Mais, au lieu de cela, il a choisi un mot nĂ©gatif : nirvÄáča, extinction.
La raison en est que ce terme possĂšde lâavantage de rĂ©sister Ă toute rĂ©cupĂ©ration par lâego. En effet, lĂ oĂč un mot tel que « rĂ©alisation » nous permet encore de dĂ©clarer : « Je suis rĂ©alisĂ© », ce qui peut implicitement vouloir dire : « Vous ne lâĂȘtes pas » â car tout mot positif est susceptible dâĂȘtre utilisĂ© pour alimenter le feu de lâego â, il devient impossible de se revendiquer dâun terme nĂ©gatif sans en trahir immĂ©diatement le sens.
En dâautres termes, si le mot « extinction » demeure un mot pur, câest prĂ©cisĂ©ment parce que lâego ne peut en faire un titre, une possession ou un accomplissement sans entrer aussitĂŽt en contradiction avec ce quâil dĂ©signe â personne ne peut dĂ©sirer « sâĂ©teindre ». Et le Sens ultime que lâon cherche Ă indiquer nâest autre que la cessation de toute forme de dĂ©sir, y compris du dĂ©sir de se lâapproprier.
On ne peut pĂ©nĂ©trer le Sens ultime tant que lâon dĂ©sire lâatteindre comme un objet ou un Ă©tat. Et câest la raison pour laquelle il nous faut abandonner tout mot positif : chacun dâeux peut donner naissance Ă un sentiment dâego, Ă un dĂ©sir dâatteindre, dâobtenir ou dâachever quelque chose â et le dĂ©sir se trouve, une fois encore, Ă la racine mĂȘme de la souffrance qui est soufflĂ©e par le vent de la PrĂ©sence-Vision-BĂ©atitude.
Les mots nĂ©gatifs rĂ©sistent davantage Ă cette appropriation. Câest donc en ce sens quâils demeurent purs et non polluĂ©s6.
Enfin, pour clĂŽturer le mouvement, nous remarquerons que ce nâest quâaprĂšs ĂȘtre passĂ©s sous la grĂące de lâapophatisme que les mots dits « positifs », dĂ©signant eux aussi le Sens ultime, peuvent finalement prendre tout leur sens.
« LibĂ©ration », « illumination », « paradis », « union » ou encore « bĂ©atitude » dĂ©signent alors le retour Ă la Vie, lâaffirmation et la cĂ©lĂ©bration de lâexistence.
Car il est nĂ©cessaire de mourir Ă son existence conditionnĂ©e pour pouvoir renaĂźtre et jouir de lâexistence en disposant, cette fois, de la force de conscience nĂ©cessaire pour choisir et façonner ses propres conditionnements.
Tel est, finalement, le seul et unique grand secret de lâexistence : you can do â you can be â everything you want7. Mais pour cela, tu dois te dĂ©faire de ce que tu crois ĂȘtre, et te souvenir de qui tu es vraiment.
Notons toutefois que, lĂ encore, rien de cela ne peut sâaccomplir sans condition ni sans Ă©thique. Il sâagit dâun vĂ©ritable travail de coopĂ©ration entre Shiva et Shakti, entre le masculin et le fĂ©minin ontologiques, entre le yin et le yang, entre le PĂšre et le Fils, entre le divin, lâindividu et son environnement immĂ©diat.
đŠč Les Limbes ne sont quâun jeu de formes Ă traverser
Elle est « supĂ©rieure » Ă condition dâentendre ce terme dans le sens de « tout autre » : Elle est « tout autre » que ce qui peut ĂȘtre dĂ©signĂ© comme Ă©tant ou nâĂ©tant pas.
Se dit dâune doctrine religieuse ou philosophique enseignĂ©e publiquement, par opposition Ă une doctrine Ă©sotĂ©rique.
PlutĂŽt que de laisser notre mental nous suggĂ©rer que le monde va mal, câest lĂ une question que nous sommes invitĂ©s Ă mĂ©diter.
La « lumiĂšre » dĂ©signe simplement la lumiĂšre de la conscience. La conscience nâest pas nĂ©cessairement « lumiĂšre », mais il y a conscience, il y a apparition ; et donc, symboliquement, il y a lumiĂšre. Pseudo-Denys lâArĂ©opagite â mystique anonyme ayant vĂ©cu aux alentours de lâan 500 et figure fondatrice de la mystique chrĂ©tienne â parlait ainsi dâune « tĂ©nĂšbre lumineuse » (translucent darkness).
Ce qui correspond, dans les traditions abrahamiques, Ă ce que lâon dĂ©signe positivement par le nom de Dieu â God, Allah, YHWH.
La seule Ă©vocation de mots tels quâ« extinction », « silence » ou « non-agir » suffit parfois Ă faire naĂźtre un sentiment de paix et de sĂ©rĂ©nitĂ©.
Tu peux faire â tu peux ĂȘtre â absolument tout ce que tu veux.



Et le quatriĂšme papillon se tourne vers son voisin et dit "viens nous allons nous aimer".
Merci Teddy pour cet article passionnant. L'apophatisme est une notion qui me parle beaucoup, non comme un procédé de négation holistique mais comme méthode qui permet la bascule vers le cataphatique.
Néanmoins, j'aurais préféré lire l'emploi d'images propitiatoires à conforter cette bascule plutÎt que l'immobilisme.
Je m'explique : l'apophatisme est une voie qui mĂšne Ă sa propre dissolution ; elle constitue le succĂšs pour un autre registre que celui du discours. Dans l'article l'arrĂȘt du discours affirmatif/nĂ©gatif ouvre sur un autre dynamique : la PrĂ©sence-Vision-BĂ©atitude. Mais cette prĂ©tention se heurte Ă ses propres images : la flamme qu'on souffle et le feu qu'on Ă©teint ne connotent que la cessation, jamais le seuil ou la bascule vers autre chose. Or, c'est bien ce que l'apophatisme est censĂ© faire : se rĂ©vĂ©ler dans une mĂ©thode qui transforme. Les images donnent l'impression d'un point mort, d'un immobilisme ou d'une allĂ©gorie d'extinction sans reprise figurĂ©e.
Au-delĂ de cette remarque, l'article est trĂšs rĂ©ussi ; il opĂšre une synthĂšse entre diffĂ©rentes traditions aussi diverses que le soufisme, le bouddhisme, la mystique chrĂ©tienne autour d'une mĂȘme structure ( apophatique/cataphatique). La parabole de l'Ă©pouse et de l'amante rĂ©ussit Ă rendre sensible une distinction qui reste souvent abstraite dans ce genre de textes.
Bravo đ.