Merci Teddy pour cet article passionnant. L'apophatisme est une notion qui me parle beaucoup, non comme un procédé de négation holistique mais comme méthode qui permet la bascule vers le cataphatique.
Néanmoins, j'aurais préféré lire l'emploi d'images propitiatoires à conforter cette bascule plutôt que l'immobilisme.
Je m'explique : l'apophatisme est une voie qui mène à sa propre dissolution ; elle constitue le succès pour un autre registre que celui du discours. Dans l'article l'arrêt du discours affirmatif/négatif ouvre sur un autre dynamique : la Présence-Vision-Béatitude. Mais cette prétention se heurte à ses propres images : la flamme qu'on souffle et le feu qu'on éteint ne connotent que la cessation, jamais le seuil ou la bascule vers autre chose. Or, c'est bien ce que l'apophatisme est censé faire : se révéler dans une méthode qui transforme. Les images donnent l'impression d'un point mort, d'un immobilisme ou d'une allégorie d'extinction sans reprise figurée.
Au-delà de cette remarque, l'article est très réussi ; il opère une synthèse entre différentes traditions aussi diverses que le soufisme, le bouddhisme, la mystique chrétienne autour d'une même structure ( apophatique/cataphatique). La parabole de l'épouse et de l'amante réussit à rendre sensible une distinction qui reste souvent abstraite dans ce genre de textes.
Merci à toi Nadim pour cette lecture attentive et pour cette remarque.
Si les images employées dans l’article semblent s’arrêter à la cessation — la flamme soufflée, le feu éteint —, c’est précisément parce que l’apophatisme, en tant que méthode, procède par négation. Il défait les affirmations, les représentations et les saisies conceptuelles afin de permettre la bascule hors du discours. Il ne saurait donc, sans contredire son propre mouvement, réintroduire immédiatement une nouvelle affirmation positive pour représenter ce qui lui succède.
Mais cette négation ne constitue pas pour autant le terme ultime. Elle doit elle-même être dépassée. Le plus juste demeure alors de se tenir sur la crête : ne plus affirmer, mais ne plus nier non plus. C’est pourquoi les mystiques ont si souvent eu recours à des expressions paradoxales, telles que la « ténèbre lumineuse » — translucent darkness —, qui tentent moins de définir l’expérience que de maintenir ouverte la tension entre des contraires devenus insuffisants.
Nāgārjuna le formule ainsi : « Dire “existe” est une saisie de permanence ; dire “n’existe pas” est une annihilation. C’est pourquoi les sages ne devraient demeurer ni dans l’existence ni dans la non-existence. »
La Présence-Vision-Béatitude ne désigne donc pas, à mes yeux, une nouvelle affirmation venant remplacer la négation, mais ce qui se révèle lorsque l’affirmation et la négation ont toutes deux cessé d’être saisies. Elle est nécessairement nommée de manière cataphatique dès lors que l’on en parle, mais ce qu’elle cherche à indiquer demeure irréductible à ces mots.
Cela n’est peut-être pas formulé assez explicitement dans l’article ; j’ose néanmoins espérer que cette suspension entre affirmation et négation s’y laisse sentir en creux, à travers l’ensemble du mouvement du texte. Merci encore d’avoir permis de préciser ce point.
J'accepte l'argument, réintroduire une image positive romprait effectivement le mouvement de la négation. Cependant, la «ténèbre lumineuse » tient deux pôles en tension sans trancher et, de ce fait, elle aurait été une image parfaite pour illustrer l'article. D'ailleurs, ce n'est pas une affirmation positive que je réclamais mais ce même type de figure paradoxale.
Merci à toi pour ton argumentation, toujours si détaillée et limpide.
Je suis curieux de savoir si dans l'amour, l'allégorie de l'amante et l'épouse, ne sont pas liée à la séduction et l'attachement.
J'aime l'idée qu'elle soit indivisible.
Je trouves aussi la jonction théosophique qui traverse plusieurs traditions pour arriver au nirvana sans hiérarchiser est intéressant, Elle est même cohérente avec le souffle mystique et fluide que tu portes avec Les Limbes.
Aussi, Il y a le concept Présence-Vision-Béatitude qui m'intrigue et qui aurait peut être était intéressant à developper entre parenthèse ou dans un petit encadré.
Car l'architecture tritinitaire de ce mot composite semble sous entendre plus que la somme de ces trois mots.
De plus, j'aimerai comprendre Est-ce que ce concept est exclusivement cataphatique ?
Merci beaucoup pour ta lecture et pour tes questions.
Concernant l’amante et l’épouse, oui, il est tout à fait possible de les lire à travers la distinction entre séduction et attachement. L’amante serait alors ce qui attire sans jamais se laisser posséder, tandis que l’épouse désignerait le moment où cette attraction se fixe, se solidifie et devient attachement, institution ou objet de possession. Toutefois, dans la parabole, elles ne constituent pas tant deux êtres séparés que deux états d’un même rapport à l’amour : l’amante devient épouse dès lors que l’on cherche à la saisir.
Quant à la Présence-Vision-Béatitude, le trait d’union vise précisément à indiquer qu’il ne s’agit pas de trois réalités additionnées. La Présence est immédiatement Vision, en ce sens qu’elle est conscience de ce qui apparaît ; et cette Vision est Béatitude lorsqu’elle n’est plus traversée par la résistance, l’appropriation ou la séparation. Il ne s’agit donc pas d’une succession, mais d’un seul événement indivisible envisagé sous trois faces. L’expression est nécessairement cataphatique dans sa forme, puisque parler oblige à nommer et à affirmer. Mais ce qu’elle cherche à indiquer ne l’est pas exclusivement : les trois termes ne prétendent pas définir la réalité ultime, seulement en offrir une désignation provisoire. Ils doivent eux-mêmes être dépassés, comme toute formulation, afin que demeure ce qui ne peut être ni affirmé ni nié.
Merci également pour tes mots sur la cohérence de l’ensemble et sur l’esprit des Limbes.
J'ai l'impression que la Présence-Vision-Béatitude (P-V-B) est un habillage par couche de l'Être comme avec des vêtements et sous-vêtements.
La P-V-B permet de ne pas être saisie à nue au risque d'être figée et de se faire reconditionner par le regard externe tout en permettant de rester identifiable par différente qualité de présence ou absence, par le type de vision, et surtout par le niveau de compréhension du sens, un sens béatitudiant.
Et le quatrième papillon se tourne vers son voisin et dit "viens nous allons nous aimer".
Il ne s’agit que de cela.
Merci Teddy pour cet article passionnant. L'apophatisme est une notion qui me parle beaucoup, non comme un procédé de négation holistique mais comme méthode qui permet la bascule vers le cataphatique.
Néanmoins, j'aurais préféré lire l'emploi d'images propitiatoires à conforter cette bascule plutôt que l'immobilisme.
Je m'explique : l'apophatisme est une voie qui mène à sa propre dissolution ; elle constitue le succès pour un autre registre que celui du discours. Dans l'article l'arrêt du discours affirmatif/négatif ouvre sur un autre dynamique : la Présence-Vision-Béatitude. Mais cette prétention se heurte à ses propres images : la flamme qu'on souffle et le feu qu'on éteint ne connotent que la cessation, jamais le seuil ou la bascule vers autre chose. Or, c'est bien ce que l'apophatisme est censé faire : se révéler dans une méthode qui transforme. Les images donnent l'impression d'un point mort, d'un immobilisme ou d'une allégorie d'extinction sans reprise figurée.
Au-delà de cette remarque, l'article est très réussi ; il opère une synthèse entre différentes traditions aussi diverses que le soufisme, le bouddhisme, la mystique chrétienne autour d'une même structure ( apophatique/cataphatique). La parabole de l'épouse et de l'amante réussit à rendre sensible une distinction qui reste souvent abstraite dans ce genre de textes.
Bravo 👍.
Merci à toi Nadim pour cette lecture attentive et pour cette remarque.
Si les images employées dans l’article semblent s’arrêter à la cessation — la flamme soufflée, le feu éteint —, c’est précisément parce que l’apophatisme, en tant que méthode, procède par négation. Il défait les affirmations, les représentations et les saisies conceptuelles afin de permettre la bascule hors du discours. Il ne saurait donc, sans contredire son propre mouvement, réintroduire immédiatement une nouvelle affirmation positive pour représenter ce qui lui succède.
Mais cette négation ne constitue pas pour autant le terme ultime. Elle doit elle-même être dépassée. Le plus juste demeure alors de se tenir sur la crête : ne plus affirmer, mais ne plus nier non plus. C’est pourquoi les mystiques ont si souvent eu recours à des expressions paradoxales, telles que la « ténèbre lumineuse » — translucent darkness —, qui tentent moins de définir l’expérience que de maintenir ouverte la tension entre des contraires devenus insuffisants.
Nāgārjuna le formule ainsi : « Dire “existe” est une saisie de permanence ; dire “n’existe pas” est une annihilation. C’est pourquoi les sages ne devraient demeurer ni dans l’existence ni dans la non-existence. »
La Présence-Vision-Béatitude ne désigne donc pas, à mes yeux, une nouvelle affirmation venant remplacer la négation, mais ce qui se révèle lorsque l’affirmation et la négation ont toutes deux cessé d’être saisies. Elle est nécessairement nommée de manière cataphatique dès lors que l’on en parle, mais ce qu’elle cherche à indiquer demeure irréductible à ces mots.
Cela n’est peut-être pas formulé assez explicitement dans l’article ; j’ose néanmoins espérer que cette suspension entre affirmation et négation s’y laisse sentir en creux, à travers l’ensemble du mouvement du texte. Merci encore d’avoir permis de préciser ce point.
J'accepte l'argument, réintroduire une image positive romprait effectivement le mouvement de la négation. Cependant, la «ténèbre lumineuse » tient deux pôles en tension sans trancher et, de ce fait, elle aurait été une image parfaite pour illustrer l'article. D'ailleurs, ce n'est pas une affirmation positive que je réclamais mais ce même type de figure paradoxale.
Merci à toi pour ton argumentation, toujours si détaillée et limpide.
Je suis curieux de savoir si dans l'amour, l'allégorie de l'amante et l'épouse, ne sont pas liée à la séduction et l'attachement.
J'aime l'idée qu'elle soit indivisible.
Je trouves aussi la jonction théosophique qui traverse plusieurs traditions pour arriver au nirvana sans hiérarchiser est intéressant, Elle est même cohérente avec le souffle mystique et fluide que tu portes avec Les Limbes.
Aussi, Il y a le concept Présence-Vision-Béatitude qui m'intrigue et qui aurait peut être était intéressant à developper entre parenthèse ou dans un petit encadré.
Car l'architecture tritinitaire de ce mot composite semble sous entendre plus que la somme de ces trois mots.
De plus, j'aimerai comprendre Est-ce que ce concept est exclusivement cataphatique ?
Merci beaucoup pour ta lecture et pour tes questions.
Concernant l’amante et l’épouse, oui, il est tout à fait possible de les lire à travers la distinction entre séduction et attachement. L’amante serait alors ce qui attire sans jamais se laisser posséder, tandis que l’épouse désignerait le moment où cette attraction se fixe, se solidifie et devient attachement, institution ou objet de possession. Toutefois, dans la parabole, elles ne constituent pas tant deux êtres séparés que deux états d’un même rapport à l’amour : l’amante devient épouse dès lors que l’on cherche à la saisir.
Quant à la Présence-Vision-Béatitude, le trait d’union vise précisément à indiquer qu’il ne s’agit pas de trois réalités additionnées. La Présence est immédiatement Vision, en ce sens qu’elle est conscience de ce qui apparaît ; et cette Vision est Béatitude lorsqu’elle n’est plus traversée par la résistance, l’appropriation ou la séparation. Il ne s’agit donc pas d’une succession, mais d’un seul événement indivisible envisagé sous trois faces. L’expression est nécessairement cataphatique dans sa forme, puisque parler oblige à nommer et à affirmer. Mais ce qu’elle cherche à indiquer ne l’est pas exclusivement : les trois termes ne prétendent pas définir la réalité ultime, seulement en offrir une désignation provisoire. Ils doivent eux-mêmes être dépassés, comme toute formulation, afin que demeure ce qui ne peut être ni affirmé ni nié.
Merci également pour tes mots sur la cohérence de l’ensemble et sur l’esprit des Limbes.
Brûler ses illusions pour épouser le réel, voilà la plus belle des quêtes. 🤗✨
🙏🏻🥰
Magnifique. Merci pour ce partage. 🤍🙏🏼
Original et explications clair ! Merci
Très intéressant, merci pour tes explications.
J'ai l'impression que la Présence-Vision-Béatitude (P-V-B) est un habillage par couche de l'Être comme avec des vêtements et sous-vêtements.
La P-V-B permet de ne pas être saisie à nue au risque d'être figée et de se faire reconditionner par le regard externe tout en permettant de rester identifiable par différente qualité de présence ou absence, par le type de vision, et surtout par le niveau de compréhension du sens, un sens béatitudiant.